Le 2 février au matin, les Montpelliérains ont pu assister à un magnifique et rare lever de soleil rouge-écarlate.

Sortant de ma résidence au bon moment, j’ai pu, à l’aide de mon smartphone et comme de nombreuses personnes, figer numériquement cet instantané magique. Ma photo rapidement partagée sur Facebook a même rencontré un certain succès.

Je ne sais pas pourquoi, mais rentré chez moi je décidai de jeter un coup d’œil aux métadonnées de l’image. Si l’horaire était juste avec 7 h 47, l’adresse GPS indiquée était pour le moins énigmatique : Chatham Islands, -43 611 242, -176 123 266.

À ma stupéfaction je découvrais que ce point GPS se situait en pleine mer à la limite des eaux territoriales de ces îles et qu’il était l’exacte coordonnée antipode de Montpellier !

Cet archipel est localisé dans le Pacifique Sud à environ 800 kilomètres de la Nouvelle-Zélande. Seules 2 îles sur une dizaine sont habitées : l’île Chatham, la plus grande, et l’île Pitt.

Il n’en fallait pas plus pour piquer la curiosité de François de la société des mystères.

Je ne m’inquiétai pas sur une éventuelle source maléfique du phénomène, car en général les forces du mal sont plutôt représentées par des couleurs sombres ou vertes, mais jamais par cette nuance de rouge.

L’enquête s’avérait difficile. Quel lien pouvait bien relier ces deux points du globe en dehors du fait qu’ils se trouvaient aux antipodes l’un de l’autre ?

J’analysai l’image en lui appliquant différents filtres en quête d’un signe ou d’un détail dans le ciel, mais je ne relevai rien.

Je me connectai aux réseaux sociaux, aux données météorologiques, aux journaux locaux, aux bases de données Interpol, aux réseaux aériens, au réseau mondial de surveillance de la société des mystères et à ses archives.

Rien, rien de rien. Après des heures de recherche, je décidai de prendre du repos. L’expérience m’avait appris que s’entêter ne servait à rien et qu’une bonne nuit de sommeil permettait de repartir l’esprit clair.

Le matin, je retournai à mon travail, et là mon œil fut attiré par un détail qui m’avait totalement échappé la veille. Sur la photo originale, je l’avais recadrée pour supprimer les immeubles et la mettre au format portrait, l’on pouvait distinctement voir une longue silhouette sur une terrasse de toit. La créature me regardait et me faisait signe, cela ne faisait pas de doute.

Sa taille et sa finesse m’ont instantanément rappelé une rencontre inoubliable, il y a 36 ans alors que je venais tout juste d’être promu maître de la société des mystères.

J’avais pris l’avion du matin pour Paris. Habituellement, les sièges étaient toujours tous occupés et ce jour-là, la place à côté de moi était restée étrangement libre, malgré la présence de plusieurs personnes attendant une opportunité en salle d’embarquement.

Ce n’est qu’au moment du roulage, que Yoreinz s’était assis à côté de moi. C’est ainsi qu’il s’était présenté à moi. Yoreinz venait de Proxima du Centauri, le système planétaire le plus proche de nous à 4,2 années-lumière de distance.

Nous avions discuté durant les 1 h 30 du trajet, de monde, de son état, de sa classification sur l’échelle de Stugaa. Elle permet d’évaluer la situation d’avancement d’une civilisation par rapport aux autres dans l’univers.

Il m’apprit que la terre était sous surveillance intermittente depuis 2 millions d’année, sous surveillance plus étroite depuis 50 000 ans et très rapprochée depuis 1945.

Il s’était montré préoccupé de l’état spirituel et collectif de la planète, de notre manque d’empathie, de notre propension aux conflits, de la captation du pouvoir et des ressources par quelques-uns, de la pauvreté, bref des multiples maux dont nous souffrons.

En même temps, il s’était voulu rassurant en m’indiquant que c’était, malheureusement, le cas de nombreuses civilisations avant d’accéder à un stade plus avancé. Il m’invita à la patience et à poursuivre mes activités.

Avant de me quitter, il me laissa le message suivant. Si un jour tu dois me revoir, ce sera alors le signe de l’imminence du changement. Il te faudra te préparer.

Vous l’avez deviné, il n’y avait pas de lien entre Montpellier et Chatham Islands. L’anomalie avait seulement été placée sur la photo pour attirer mon attention et délivrer son message.

J’ai maintenant compris que c’est pour bientôt et que je dois me préparer. Mais à quoi et comment  ? Je n’en sais rien !

Je décidais de passer le niveau d’alerte de la société des mystères directement de DEFCOM 5 à DEFCOM 2.

Une première dans l’histoire de notre organisation !