Dans mon songe, j’étais seul au volant d’une Renault Dauphine, celle qu’avaient mes parents dans les années 60, et je me rendais à l’élection de Miss France.

Si vous avez déjà fait, au moins une fois dans votre vie, ce genre de rêve qui autorise d’en être le spectateur lucide, vous connaissez alors ce sentiment bizarre qui l’anime. Il me permettait de me demander pourquoi et comment je pouvais bien me retrouver à Grenoble, place Dauphine, pour assister à un évènement que je considérais comme totalement futile et inintéressant.

En arrivant, je garais ma Dauphine au milieu des voitures de luxe. Je préférais, et de loin, son élégante sveltesse surannée aux modernes mastodontes clinquants qui semblaient tous vouloir rivaliser en muscles sans jamais réellement y parvenir.

Je montais les escaliers du petit palais qui avait été réquisitionné pour la circonstance et passait entre les deux magnifiques dauphins de marbre qui en gardaient l’entrée.

Dans la grande salle de réception, les prétendantes étaient bien alignées sur la scène. Certes, les dauphines étaient toutes jeunes et radieuses, mais elles ne réveillaient pas d’émotion en moi.

Pas plus que la présence des célébrités, des membres de la jet-set et du gratin dauphinois venus uniquement pour se montrer, étaler leur vulgarité et se faire photographier par les journalistes du Dauphiné libéré.

Mon arrivée en ce lieu et au milieu de ces personnes relevait totalement de l’anachronisme. Mais les rêves sont ainsi.

Je déambulais longuement de table en table, complètement invisible et insignifiant aux yeux des convives. Jusqu’au moment où mon regard croisait celui d’une extraterrestre. Je la qualifie ainsi, car sa présence semblait ici aussi dissonante que la mienne. Dit sonnante, car en la voyant une douce musique réveilla mon cœur.

Ses iris couleur noisette et légèrement étoilés étaient expressifs et signaient une rare intelligence et sensibilité. Celle des artistes qui trouvent refuge dans la création pour échapper à la noirceur du monde et pour qui la poésie est un combat politique.

Elle s’approcha de moi en souriant et me dit : je m’appelle Dolfíe, accepteriez-vous d’être mon cavalier pour cette soirée ?

Au milieu de cet océan d’égocentrisme et de misanthropie, notre présence étant totalement incongrue, je lui proposais alors de nous esquiver.

Je me réveillais en sachant que ce songe avait une signification, mais je ne parvenais pas à trouver laquelle.

Les rêves ont souvent des raisons que la raison ignore ! Peut-être…