J’ai eu l’occasion de voir ce film il y a quelques jours. Au-delà du jeu des acteurs et de la mise en scène, son histoire et le personnage m’ont fortement interpellé.

Je me suis imaginé un Ferdinand Cheval voulant construire aujourd’hui son « Palais idéal » dans le jardin de sa maison dans un lotissement. Je pense qu’il aurait beaucoup de fil à retordre pour mener à bien son projet, entre :

  • des amendes pour ramasser en grande quantité des pierres dans la nature.
  • des amendes pour défaut de permis de construire.
  • des plaintes des riverains pour les nuisances dues aux travaux.
  • des plaintes pour le non-respect du plan d’urbanisme local.
  • des visites régulières des inspecteurs du travail pour vérifier la conformité du chantier et pour vérifier qu’il n’y a pas de travailleurs au noir.
  • un contrôle fiscal pour comprendre comment il peut financer une telle construction.
  • des pressions de son employeur pour cesser toute activité donnant une mauvaise image de La Poste.
  • des visites fréquentes d’huissiers de justice.
  • des visites et des pressions régulières de la police municipale.
  • les caméras de BFM, LCI, CNews, en permanence dans la rue.

Bon, si je force le trait, beaucoup, moyennement, un peu… je me dis que le monde dans lequel nous vivons est en passe de devenir dystopique (certains me diront que c’est déjà le cas). De son temps le Facteur Cheval disait de lui-même qu’il n’était pas né pour ce monde dans lequel il ne se sentait pas bien. Imaginez-le aujourd’hui !

Si André Malrau n’avait pas été là pour forcer le classement du palais, peut-être aurait-il été détruit par ces mêmes fonctionnaires qui le qualifiait ainsi « Le tout est absolument hideux. Affligeant ramassis d’insanités qui se brouillaient dans une cervelle de rustre ».

Si heureusement il y a encore des artistes, des poètes et des doux rêveurs qui sortent des sentiers battus, il leur est instamment demandé de rentrer dans le moule sous peine de se retrouver immédiatement broyés par la machine administrative et par l’état. Ce sont pourtant ceux-là que je trouve les plus intéressants, qui ont ma préférence, ma sympathie et mon respect.

Un système qui force les citoyens à s’y conformer n’est pas digne d’une société moderne. La modernité serait justement de permettre à tous de s’y épanouir sans d’autres contraintes que celles dues au respect des droits de l’homme.

Une utopie ?