Le jeu de Lego ou de l’ego est un divertissement à la mode dans notre société capitaliste. C’est un divertissement où le gagnant est celui qui a l’ego le plus surdimensionné, est le plus égocentriste et égoïste, qui amasse le plus de pièces de Lego, bien entendu, à moins que ce ne soit des lingots.

Tous les coups sont bons pour gagner, et les règles sont faites pour être bafouées. Celui qui se fait prendre, ne se fait pas prendre parce qu’il a triché, mais simplement parce qu’un concurrent plus malin l’aura dénoncé.

Peu importe que le mur construit – de Lego – soit imparfait, qu’il manque des pièces, qu’elles soient défectueuses, que sa solidité ne soit pas parfaite, ou que les ouvriers aient été exploités ou mal payés. Dans ce jeu, la morale n’existe pas, c’est-à-dire que tout ce qui n’est pas interdit est autorisé, quelles qu’en soient les conséquences pour les autres. Dans ce jeu, le cynisme est une qualité.

Les concepteurs du jeu rigolent bien, car ce sont eux qui manipulent les règles – les lois – à leur convenance. Alors quand la masse des petits joueurs – ceux qu’ils nomment la populace – commence à grogner, ils créent des nouvelles règles pour résoudre le problème et apaiser les tensions. Ils auront, bien entendu, soigneusement pris soin de créer ou de laisser des failles dans les nouvelles règles pour qu’ils puissent continuer leur petit jeu sans être inquiétés. De plus, le nombre croissant de règles et leur complexité est telle que cela suffit parfois à leur impunité. Vous noterez, au passage, qu’ils en profitent pour ponctionner un peu plus la populace en lui expliquant que l’application des nouvelles règles nécessite plus d’argent. Ils en rigolent bien, soyez-en assurés !

Mais le plus fort dans tout cela est encore plus invraisemblable ! C’est qu’ils sont persuadés (à raison ?) de pouvoir continuer d’y jouer ad vitam æternam. Effectivement, personne ne dit rien ou presque.

Alors je me pose des questions, le temple de la société étant construit sur un mur d’ego, s’écroulera-t-il un jour ? Quel est le point de rupture ? Cette question revient à se demander : quand les gens bien, c’est-à-dire la majorité du peuple, comprendront-ils qu’ils sont enfermés dans une morale inculquée par ceux-là même qui n’en n’ont rien à faire ?

Sommes-nous condamnés, une fois de plus, à faire la révolution ? À nous transformer, à notre corps défendant, en coupeurs de têtes devant l’impasse qui se dresse devant nous ?

Sommes-nous condamnés, une fois de plus, à basculer vers les extrêmes (droite ou gauche), et à redevenir collectivement fous avec toutes les conséquences que cela implique ?

J’ai peur qu’un jour, après une série d’excès en tout genre, nous nous réveillions avec la gueule de bois, regardant en arrière et nous disant : merde, qu’avons-nous fait !

Extrait de « Journal d’un anarchiste désabusé ».