Aux commandes du bateau France, il y a un capitaine, seul maître à bord.

Les conditions météorologiques dues aux changements climatiques deviennent de plus en plus difficiles. Des brèches d’eau sont déjà apparues, il y a de quelques années, et un colmatage de FORTUNE a été réalisé en sacrifiant quelques passagers. Pour financer les travaux, il a fallu augmenter les taxes et impôts. Et comme le nombre de passagers de seconde classe est nettement plus important que ceux de la première ce sont eux qui ont été mis à contribution.

Quelques années plus tard, d’autres brèches sont apparues. Alors le bateau a été bradé à des fonds d’investissement étrangers de façon à financer les nouvelles réparations.

Il faut savoir que pour faire des économies, augmenter les recettes et les dividendes, les armateurs ont augmenté le nombre de places, réduit le nombre de canots de sauvetage et achetés à bas prix des gilets de survie qui ne se gonflent pas ou dont les attaches ne fonctionnent pas.

Mais le capitaine ne s’inquiète pas, car cela ne concerne pas les ponts supérieurs.

De plus, seules les alarmes des premières classes fonctionnent. Dans les étages inférieurs, les haut-parleurs continuent de diffuser une musique douce et l’information suivante : tout va bien, ne vous inquiétez pas, nos spécialistes s’occupent de vous, vous êtes en sécurité.

Il faut aussi savoir que le prix des billets a été revu à la hausse. Pas pour tout le monde bien entendu.

Alors qu’il faudrait réduire l’allure dans la tempête, le capitaine décide de donner un grand coup de barre à droite tout en donnant ordre à son équipage d’accélérer, quitte à risquer de faire chavirer le navire et à sacrifier les passagers.

Le soir, le capitaine en habit d’apparat se montre dans la grande salle de réception sous les objectifs des caméras de télévision toutes ACQUISES aux actionnaires.

Les téléspectateurs admiratifs et envieux seraient prêts à tout pour endosser le même costume. Ils n’ont qu’une seule préoccupation, rejoindre les ponts supérieurs. Les téléspectatrices ne sont pas en reste devant la robe de couturier et les bijoux estampillés Place Vendôme de la première dame.

Les rares passagers-passagères à se montrer critiques, à émettre des doutes, à alerter sur la situation sont considérés par leurs semblables comme des hurluberlus ou des doux dingues.

Et si jamais ils se montrent trop insistants en raison de l’urgence de la situation, ils se retrouvent relégués en bas de cale et discrédités par les médias.

Et si on n’arrive toujours pas à les museler, la violence dite légitime est utilisée.

S’il vous venait à l’idée, je ne sais vraiment pas pourquoi, de penser que cette petite histoire a des rapports avec des évènements récents et des personnages connus, je voudrais vous rassurer. Il n’en est strictement rien. Je ne voudrais surtout pas alerter mes lecteurs pour rien. Continuez de dormir et de rêver, comme d’habitude.