Je m’étonne d’observer les gens raisonner parfois en fonction de leur propre vécu et donc de leur propre référentiel [faire un pas de côté… peut pourtant s’avérer intéressant afin de changer de point de vue].

En même temps, et par exemple, comment reprocher à quelqu’un de croire qu’il suffit de travailler, d’avoir de la volonté, de traverser la rue pour s’en sortir lorsque c’est ce qu’il a vécu et réussi à faire dans sa vie. Il pense tout naturellement : si cela fonctionne pour moi, cela doit fonctionner pour les autres.

Comment reprocher à un pauvre d’être pauvre, car c’est ce qu’il a connu toute sa vie malgré ses efforts pour s’en sortir.

Comment reprocher à quelqu’un de croire, dans cette société qui encourage le narcissisme, qu’il est le centre du monde et supérieur à ceux qui sont plus bas que lui dans l’échelle sociale, parce qu’il a une grosse voiture, une belle maison, des gardes du corps, qu’il passe ses vacances d’hiver à Courchevel et qu’il a été éduqué comme cela.

Comment reprocher à un pauvre de se sentir dévalorisé, mal payé et mal considéré malgré le fait qu’il fait un travail, qui si il est ingrat, est grandement utile à la société.

Comment reprocher aux CSP+ d’avoir accès aux bonnes informations et d’en profiter, parce qu’ils ont le bon réseau, les bonnes connaissances, et le temps pour le faire.

Comment reprocher à un ouvrier de ne pas être bien informé lorsqu’il n’a pas le temps de le faire après une journée éreintante de travail, ni le courage moral de le faire, car submergé par les problèmes.

Je pourrais comme cela continuer avec plein d’exemples avec toutes les nuances possibles dans la graduation de l’échelle sociale, et même prétendre le contraire avec des contres exemples. Sauf, que ce que je viens de dire n’a pas beaucoup d’intérêt.

Car en fait nous vivons juste dans une société reposant sur un mode de fonctionnement et des conventions qui ne sont pas des réalités physiques, et qui si on s’en donnait la peine pourrait voler en éclat en une fraction de seconde.

Alors qu’attendons-nous pour le faire ?

(c) François Milhiet le samedi 27 juin 2020.
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